Apnee du sommeil

L'apnee du sommeil (syndrome d'apnees-hypopnees obstructives du sommeil, SAHOS) est l'un des troubles du sommeil les plus graves car souvent non diagnostique. Pauses respiratoires repetees (plus de 5 par heure) pendant la nuit, provoquant micro-reveils repetes (souvent non percus consciemment), fragmentation du sommeil, hypoxie chronique.

En France, l'apnee du sommeil touche 5 % des adultes (8 % des hommes, 3 % des femmes), 10 % des plus de 50 ans. 90 % des cas ne sont pas diagnostiques. C'est l'une des principales causes evitables d'hypertension, d'AVC et d'accidents de la route lies a la somnolence.

Le mecanisme

Pendant le sommeil, les muscles de la gorge se relachent. Chez les personnes a risque, le pharynx s'affaisse partiellement (hypopnee) ou completement (apnee), bloquant le passage de l'air. Le cerveau, sentant la baisse d'oxygene, declenche un micro-reveil qui re-tonifie les muscles et reouvre les voies aeriennes. La personne se rendort... et le cycle recommence.

Chez un patient avec apnee severe, on peut compter 30 a 60 micro-reveils par heure, soit 200-400 par nuit. La personne ne s'en rend pas compte (le micro-reveil dure 3-5 secondes) mais le sommeil profond est detruit. D'ou la fatigue chronique malgre une duree de sommeil correcte.

Les signes a reperer

Signes nocturnes (souvent rapportes par le conjoint)

  • Ronflement bruyant et irregulier (entrecoupe de pauses respiratoires perceptibles).
  • Pauses respiratoires observees par le conjoint, suivies d'un bruit de "reprise" violent.
  • Reveils en sursaut avec sensation d'etouffement.
  • Mouvements de gesticulation pendant la nuit.
  • Mictions nocturnes frequentes (le manque d'oxygene stimule la diurese).
  • Sueurs nocturnes.

Signes diurnes

  • Maux de tete matinaux (hypoxie nocturne).
  • Bouche seche au reveil.
  • Fatigue chronique malgre 8 heures de sommeil.
  • Somnolence diurne (au volant : risque majeur).
  • Baisse de concentration et de memoire.
  • Irritabilite, troubles de l'humeur.
  • Baisse de libido.

Les facteurs de risque

  • Surpoids et obesite : 70 % des patients apneiques sont en surpoids.
  • Cou large (>43 cm chez l'homme, >40 cm chez la femme).
  • Anatomie favorable : mandibule retrognathe, palais profond, amygdales/vegetations hypertrophiees.
  • Tabagisme.
  • Alcool en soiree (relache les muscles).
  • Sedatifs et somniferes.
  • Hommes apres 50 ans (mais femmes apres menopause aussi).
  • Antecedents familiaux.
  • Hypothyroidie, acromegalie, syndrome de Cushing.

Le diagnostic

Polysomnographie (examen de reference)

Une nuit en laboratoire du sommeil avec enregistrement complet : EEG, ECG, debit d'air, mouvements thoraciques, saturation oxygene, mouvements oculaires et musculaires. Determine l'Index d'Apnee-Hypopnee (IAH) : nombre d'evenements respiratoires anormaux par heure de sommeil. Classification :

  • IAH 5-15 : apnee leger.
  • IAH 15-30 : apnee modere.
  • IAH >30 : apnee severe.

Polygraphie ventilatoire (ambulatoire)

Examen simplifie a domicile : capteurs respiratoires et oxymetrie uniquement. Moins precis que la polysomnographie mais suffisant pour le depistage. Adapte aux cas sans suspicion de pathologie associee.

Le traitement : la PPC

La pression positive continue (PPC ou CPAP) est le traitement de reference des formes moderees a severes (IAH > 15). Masque relie a une machine qui insuffle de l'air sous pression dans les voies aeriennes, empechant leur affaissement. Efficacite 95 % sur l'IAH. Rembourse a 60 % par la Securite sociale apres prescription specialisee.

L'adaptation au masque demande 2-4 semaines (claustrophobie, gene au sommeil). Les modeles modernes sont silencieux, confortables, avec humidificateur integre. Les masques nasaux sont preferes aux masques bucco-nasaux pour les patients qui dorment bouche fermee.

Autres traitements

  • Orthese d'avancee mandibulaire : gouttiere dentaire qui avance la machoire. Efficace pour les apnees legeres a moderees. Faite sur mesure par un dentiste.
  • Perte de poids : reduction de l'IAH de 50 % avec une perte de 10 % du poids corporel.
  • Arret de l'alcool et des sedatifs en soiree.
  • Position de sommeil : dormir sur le cote (eviter le dos).
  • Chirurgie : uvulo-palato-pharyngoplastie (UPPP) ou avancee mandibulo-maxillaire. Reservee aux cas selectionnes.
  • Stimulateur hypoglosse : nouveau traitement implantable (Inspire), reserve aux echecs de PPC severes.

⚠️ Apnee = risque cardiovasculaire

Sans traitement, l'apnee du sommeil multiplie par 3 le risque d'AVC, par 2 le risque d'infarctus, par 4 le risque d'accident de la route. Elle est associee a une mortalite augmentee de 30-50 %. Ne pas attendre pour consulter en cas de signes evocateurs.

Comprendre les autres troubles

Insomnie, jambes sans repos, ronflement.

Voir le guide